Le musée vir[us]tuel - 28
Le violon de Jehin-Prume
Nous terminerons ces capsules en fanfare, ou tout au moins en musique, avec un instrument
qui n’a certes pas une grande valeur technique mais qui est représentatif des collections de
notre musée de société puisqu’il a appartenu à un enfant du pays, François Jehin-Prume
(1839-1899).
Voici sa description aimablement réalisée pour nous par la musicologue Véronique Wintgens :
De facture ordinaire, ce petit violon de 54 cm, repris dans la classification des tailles de violons
dans la catégorie « Violon ½ », ne possède pas d’étiquette ni d’inscription pouvant identifier
l’origine de sa fabrication. Sa table est réalisée en épicéa, son dos composé de deux pièces,
ainsi que ses éclisses, sont en érable. Le chevalet d’origine a été remplacé par une pièce de
bois grossièrement sculptée. L’instrument est recouvert d’un vernis brun clair. Contrairement
aux violons de plus grande valeur qui présentent des filets incrustés sur le pourtour de la table
et du dos de l’instrument, ce violon présente simplement des filets peints. L’archet qui
accompagne l’instrument possède un bouton en ivoire qui permet de tendre la mèche. Ce
violon a, probablement, été joué par le jeune musicien alors qu’il était âgé de 7-8 ans.
Si Jehin-Prume est quelque peu oublié dans sa ville natale bien sûr, une avenue porte son
nom mais elle fait 300 mètres à tout casser et encore, en deux parties il est considéré comme
l’un des fondateurs de l’enseignement musical au Québec car c’est là-bas que s’est déroulé
une bonne partie de sa carrière et c’est à Montréal qu’il décède à la toute fin du 19
e
siècle.
François Jehin est issu d’une famille spadoise modeste. On lui décèle très tôt un véritable don
pour le violon dont il débute l’étude à 4 ans. Il suit les traces de son oncle maternel, François-
Hubert Prume (1816-1849), violoniste également et professeur au Conservatoire de Liège.
Entré dans la classe de son oncle, il ne profitera pas longtemps de ses conseils car celui-ci
décède lorsqu’il a 10 ans. Le jeune François ajoute alors son nom au sien, devenant ainsi
Jehin-Prume.
Il faut croire que son talent était exceptionnel car le comte de Cornélissen, bourgmestre de
Spa, fit voter par la Ville une bourse annuelle qui permit au jeune violoniste d’entrer au
Conservatoire de Bruxelles. Le gouvernement provincial en fit autant.
La suite de sa vie est tumultueuse : il réalise une tournée européenne à 15 ans ; perfectionne
son jeu avec Bériot, Wieniawski et Vieuxtemps ; est nommé « violoniste particulier de la
musique du roi » (Léopold Ier) à 24 ans ; répond à l’invitation des jeunes et éphémères
souverains du Mexique, Maximilien et Charlotte ; passe par le Brésil et New York avant d’être
invité au Canada pour une partie de pêche et de sa chasse. Il a alors 26 ans et rencontre la
cantatrice Rosita del Vecchio qui accepte de l’épouser. C’est donc par amour qu’il se fixe au
Canada.
Premier musicien de réputation internationale à choisir le Canada comme pays d’adoption,
Frantz Jehin-Prume demeure l’un des artistes les plus accomplis dont les annales musicales
canadiennes puissent s’enorgueillir dit l’Encyclopédie canadienne à son sujet. Son fils, Jules
Jehin-Prume, a écrit sa biographie qui détaille les péripéties de son existence jusqu’à son
décès à Montréal dans la résidence de son frère Erasme.
Offert par les descendants du musicien, l’humble petit violon est protégé par un étui artisanal
en bois noir qui recèle également une mention manuscrite : « le premier violon de l’artiste ».
C’est cela qui rend cette pièce attachante.
That’s all folks !
Dimensions : longueur : 54 cm
Epoque : vers 1845-1850
Technique : lutherie
N° d’inventaire : K0506c (don de la famille Charlier-Jehin-Turin, s.d.)
Photographies : M-C Schils (2020)
Bibliographie :
A.B., Le Centenaire de la naissance du violoniste-virtuose François Jehin-Prume, in Les
Cahiers ardennais, mai 1939.
https://www.thecanadianencyclopedia.ca/fr/article/jehin-prume-frantz
Notes manuscrites d’Ivan Dethier.
Pour aller plus loin :
Jehin-Prume, Jules, Jehin-Prume. Une vie d’artiste, Montréal, 1899.
© Musées de la Ville d’eaux
Si vous désirez lire nos autres capsules « Vir(us)tuel »
Le Musée de la Ville d’eaux vous propose aussi…
Revue Histoire & Archéologie spadoises,
48 p., parution 3 x par an, 15 €
http://www.spavillaroyale.be/spip.php?rubrique60
Prochaine exposition temporaire :
Destination Spa. Les plaisirs de la villégiature à la Belle Epoque
http://www.spavillaroyale.be/spip.php?article448